CHAPITRE 5
RAN

 

Cela devait faire maintenant cinq minutes que rien ne se passait. Ce genre de combat, j’en avais eu des centaines de fois lors de mon entraînement, mais celui-là je crois que je m’en souviendrai toujours. Cette rancœur qu’on peut voir dans les yeux d’un ennemi. Troublant, vraiment troublant.
L’Exceed brisa le silence qui s’était installé en me menaçant, oui moi. Il savait qui j’étais, il savait où j’étais mais à défaut de me dénoncer, il préférait jouer avec moi :
        - Bien, dit-il, puisque tu as décidé de ne pas assumer qui tu es, c’est ton choix, sache que cette décision va coûter très cher aux gens qui t’entourent. A partir de maintenant, je tuerai une personne toutes les minutes, jusqu’à ce que tu te décides enfin à apparaître. A toi de voir.
A l’aide de ses deux palmes, il saisit un garçon au hasard et le serra autour de son corps.
Si je ne faisais rien, il mourrait dans d’atroces souffrances. Je ne pouvais pas assister à ce spectacle cruel et barbare. Mon cœur battait trop vite, je n’arrivais pas à réfléchir. Non, je ne pouvais pas réfléchir, je savais au fond de moi ce que je devais faire. Alors, dans un élan héroïque je lui dis :
        - C’est bon, arrête ! J’ai…
Mes mots se mélangeaient et il m’était impossible d’être confiante.
        - J’ai compris. Personne ici ne t’a rien fait.

Je continuais de parler tout en avançant. Ma main droite se détacha de mon corps et s’ouvrit pour laisser apparaitre une épée, non pas une épée ordinaire, celle-ci était une épée qui avait quelque peu l’apparence d’un sabre. En réalité cette épée, noire et sombre, n’était autre que mon sang. Ce sang maudit qui coulait dans mes veines depuis ma naissance et dont tout le monde essayait de faire un secret. Cette épée était plus que spéciale, elle me permettait de faire n’importe quelle transformation en rapport avec l’ombre, ce qui m’était interdit d’ailleurs.
La faisant tourner sur elle-même je repris :
        - Si c’est un combat que tu veux et bien allons-y ! Battons-nous !
Il lâcha le garçon qui, jusque-là tenait, et le laissa pour mort à côté de lui :
        - Bien, je vois que tu fais des progrès, me lança-t-il en prenant soin de me fixer.
Une distance de dix mètres devait nous séparer, pourtant je savais que le choc serait très violent.
On pouvait déceler un silence très profond, on aurait dit que rien ne nous entourait, nous étions seuls, j’étais seule.
Ce combat était le mien. Je fis place à la concentration, mon épée était brandie devant moi, le vent caressant ma peau venait m’encourager et me donner la force d’y arriver.
Soudain, il se jeta sur moi. J’eus à peine le temps d’esquiver qu’il recommença la même attaque. Il était d’une violence inouïe, s’il me touchait, je n’aurais plus aucune chance.
Je tentai désespérément de lancer une attaque, mais mes vêtements me bloquaient, je n’arrivais pas à combattre dans de telles conditions.


Je stoppai ma course soudainement, ce qui me valut de glisser légèrement sur le sol. Je mis mon épée devant moi, de telle manière que je vis mon reflet dedans. J’avais besoin de ma tenue pour continuer le combat et le seul moyen était de prendre ma forme d’origine, celle que j’avais sur Lordmos :
        - Astres des douze, que celle qui possède l’épée du sang reprenne son apparence ! Tenue originelle !
Une odeur familière apparut, celle de mon monde. Ma tenue commença à changer, un short noir avec autour deux sortes de dagues, mes longues bottes qui me permettaient de faire les choses les plus sordides et sauvages, et mon haut légèrement coloré, qui me laissait libre de toute action. Mes mitaines vinrent s’ajouter à ma tenue, celles-ci cachaient quelques tatouages que je décrirais comme plutôt tribaux. Ma mèche de cheveux qui jusque-là recouvrait la moitié de mon visage se tressa sur le côté et finit par s’y attacher.
Je me sentais mieux, trois ans que j’attendais ce moment et il arrivait enfin, quel soulagement de revenir aux bonnes vieilles habitudes, l’angoisse qui m’envahissait jusque-là disparut.
Malheureusement l’exeed, lui, n’avait pas disparu, et il me paraissait de plus en plus féroce. Il recommença à m’attaquer sauvagement, je finis par réussir à le toucher au niveau de la poitrine, mais à ma grande surprise cela ne lui fit strictement rien.
Il fallait que je trouve une solution, mais il était dur de penser et en même temps riposter. Il fallait que je découvre le point faible de son corps. Tous les exeeds en possédaient un qui, une fois touché, pouvait lui être fatal.



Je continuais à courir comme une forcenée. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre que c’était l’extension de ses omoplates, les grands lassos avec les palmes à l’extrémité, qui était son point faible. Je m’arrêtai une seconde fois pour reprendre mon souffle, mais cette pause me fut fatale, la bête me fouetta violement avec le bout d’une de ses palmes, et mon corps frêle atterrit sur le mur, je perdis connaissance.

 

SUITE AU CHAPITRE 6