CHAPITRE 4
RAN


Mon estomac me faisait mal et je commençais à douter de ma capacité à sauver un lycée entier. Alicia qui était toujours postée à côté de moi me dit :
        - Si tu veux, je peux t’aider, je me sens prête à me battre.
Et oui, la même personne qui cinq minutes avant était au bord des larmes voulait maintenant se mettre à combattre. Je dus lui rétorquer un « non »  sèchement pour qu'elle comprenne que ce n’était pas un jeu.
Je repris avec une voix plus sereine :
        - Je vais faire en sorte que personne ne soit blessé, mais je vais faire également en sorte que personne ne se batte, bon, je vais essayer de repérer sa position. Normalement, un être vivant venant de notre monde a une aura supérieure à celle des êtres vivant sur Terre.
Je fermai les yeux, le noir m’envahit, je pouvais ressentir n’importe quel battement de cœur, la moindre vibration dans le sol, les éléments venant tournoyer autour de mon corps, et le souffle de chaque être vivant sur cette terre.
Et pourtant l’une des respirations se détachait des autres, elle était plus profonde, mais surtout elle renfermait en elle des sentiments de haine, de colère, de vengeance… Je la sentais de plus en plus, je n’arrivais pourtant pas à la localiser, juste des images, des images floues. Un grand arbre et peut être un bâtiment, non, une écriture, « Atlanta », je cherchais ce que pouvait signifier cette écriture...
Et puis, dans un élan je rouvris les yeux et dit en hurlant :
        - Alicia quelle heure est-il ? 
Surprise, elle sursauta et regarda son poignet :
        - Euh mm, il est 10h08. Je repris, affolée :
        - Oh non, Ce n’est pas vrai ! L’Exceed est déjà devant le lycée, il ne lui faudra que quelques minutes pour atteindre la cour, et la sonnerie va retentir d’une seconde à l’autre !
Je me tournai vers elle :
        - Alicia, on fonce, on n’a pas le temps de réfléchir.
Toujours dans mon élan et Alicia sur mes pas, je dégringolai les escaliers jusqu’à la cour. Une fois arrivée, un soupir presque de soulagement se fit entendre, mais celui-ci fut recouvert par la sonnerie tant redoutée.
Trop tard, il était trop tard pour reculer, les portes des classes s’ouvrirent une à une comme des dominos pouvaient tomber les uns sur les autres.
Je ressentais sa présence, il était là, pourtant il n’était pas visible. Je fus interrompue par les gens de ma classe qui venaient m’interroger pour l’incident avec le prof de maths.
J’étais obligée de leur répondre, je ne devais en aucun cas leur transmettre mon angoisse.
L’attente devenait insupportable, plus les minutes passaient, moins je ressentais la présence de cet Exceed. Je restai quand même sur mes gardes, le moindre petit bruit devenait un supplice.
Puis le moment arriva, celui de la sonnerie, qui pour moi était beaucoup plus présente que dans mes souvenirs.
Au moment où je m’y attendais le moins, le hurlement d’une fille résonna. Tous les élèves se retournèrent, moi comprise. L’on pouvait voir une fille se faire tirer en arrière par quelque chose d’invisible.

Comment n’y avais-je pas pensé, au sort d’invisibilité ? La pression m’avait  faite retomber en cycle 1 de magie, quelle honte !
Il me suffit d’un petit chuchotement pour annuler ce sort, ce qui fit apparaitre une panthère noire extrêmement maigre, le pelage hideux, avec quatre pattes à l’avant et deux à l’arrière. Ses deux omoplates se prolongeaient comme deux lassos ayant pour bout des sortes de palmes. Celles-ci émettaient une vibration aussi puissante que celle des serpents à sonnettes. Son regard vide et ses dents retroussées la rendaient vraiment effrayante.
Je cherchais un moyen de la battre sans que personne ne s’aperçoive que j’étais « spéciale » mais cela me semblait maintenant impossible.
Il recracha le bras de la fille qui lui avait permis de la tirer, celle-ci continuait de hurler, comme la plupart des filles contemplant la scène d’ailleurs. A ce stade, son bras saignait en abondance, elle devait être soignée au plus vite, seulement, si j’allais la chercher, l’exeed me repèrerait tout aussitôt.
Heureusement, un garçon téméraire se mit à courir vers elle, la releva, et la ramena dans le cercle qui s’était formé autour de la bête.
Alicia me lança un regard, je le lui rendis.
L’Exceed scruta le cercle et se mit à parler, ce qui étonna tout le monde :
        - Personne à part toi n’aurait pu défaire ce sort d’invisibilité, dit -il,  ce n’est plus la peine de te cacher, je sais que tu es là, et je viens pour te tuer. »

 

SUITE AU CHAPITRE 5